dimanche 25 mars 2018

Le tombeau de Charles Baudelaire




Stéphane MALLARME   (1842-1898)
Le temple enseveli divulgue par la bouche
Sépulcrale d'égout bavant boue et rubis
Abominablement quelque idole Anubis
Tout le museau flambé comme un aboi farouche








Ou que le gaz récent torde la mèche louche 
Essuyeuse on le sait des opprobres subis 
Il allume hagard un immortel pubis 
Dont le vol selon le réverbère découche 

Quel feuillage séché dans les cités sans soir 
Votif pourra bénir comme elle se rasseoir 
Contre le marbre vainement de Baudelaire 

Au voile qui la ceint absente avec frissons 
Celle son Ombre même un poison tutélaire 
Toujours à respirer si nous en périssons.

Scripta manent

A la gloire de Baudelaire.


Au fond des matins bleus voyant planer les neiges,
Des oiseaux très grands ont lustré leurs ailes d’or ;
Leurs duvets blonds, tombant — au soleil des Norwèges —
Ont fait naître l’Amour parmi royal décor !

Mais pour nos cœurs souffrants ensommeillés encor,
Quel Aigle avec une âme a pu sur des arpèges
Nouveaux, faire passer le Rêve en beaux cortèges,
Et donner le Frisson de l’ivresse et la mort ?

Or, c’est un Roi sans trône et grand de l’univers
Idéal, dont les chants furent autant de vers
Qu’il fit florir partout encadrés par des voiles…

Et son Geste sur sa lyre d’or, et ses cris,
Ont tant ému le Ciel, que, superbe, il a pris,
Le chemin éternel qui conduit aux étoiles !....


Henry Degron

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