
Stéphane MALLARME (1842-1898)
Le temple enseveli divulgue par la bouche
Sépulcrale d'égout bavant boue et rubis
Abominablement quelque idole Anubis
Tout le museau flambé comme un aboi farouche
Ou que le gaz récent torde la mèche louche
Essuyeuse on le sait des opprobres subis
Il allume hagard un immortel pubis
Dont le vol selon le réverbère découche
Quel feuillage séché dans les cités sans soir
Votif pourra bénir comme elle se rasseoir
Contre le marbre vainement de Baudelaire
Au voile qui la ceint absente avec frissons
Celle son Ombre même un poison tutélaire
Toujours à respirer si nous en périssons.
Scripta manent
A la gloire de Baudelaire.
u fond des matins bleus voyant planer les neiges,
Des oiseaux très grands ont lustré leurs ailes d’or ;
Leurs duvets blonds, tombant — au soleil des Norwèges —
Ont fait naître l’Amour parmi royal décor !
Mais pour nos cœurs souffrants ensommeillés encor,
Quel Aigle avec une âme a pu sur des arpèges
Nouveaux, faire passer le Rêve en beaux cortèges,
Et donner le Frisson de l’ivresse et la mort ?
Or, c’est un Roi sans trône et grand de l’univers
Idéal, dont les chants furent autant de vers
Qu’il fit florir partout encadrés par des voiles…
Et son Geste sur sa lyre d’or, et ses cris,
Ont tant ému le Ciel, que, superbe, il a pris,
Le chemin éternel qui conduit aux étoiles !....
Henry Degron

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